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Marques et startups surfent sur l’économie collaborative en plein boom

Mise à jour le 20 octobre 2022
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Dans cette période de tension sur le pouvoir d’achat, les ventes et les locations entre particuliers prospèrent, synonymes de revenus additionnels pour les vendeurs et de bons plans pour les acheteurs. Mauvaise nouvelle pour les entreprises qui voient des ventes leur échapper ? Pas sûr : l’économie collaborative permet d’apporter de nouveaux services et de doper l’expérience client. La créativité est au pouvoir. Illustrations.

 

Année record d’Airbnb, symbole du nouvel élan de l’économie collaborative

L’économie collaborative, schématiquement la vente de produits et de services entre particuliers, ne s’est jamais aussi bien portée en France. La santé florissante d’Airbnb l’illustre bien. Au second semestre 2022, la plateforme a enregistré une hausse de 30 % du nombre de loueurs inscrits par rapport à 2019, l’année de référence avant Covid. « Des nouveaux venus attirés par la perspective de pouvoir amortir la hausse des factures d’énergie et se procurer des revenus complémentaires pour faire face à l’inflation galopante », commente Le Parisien, qui dévoile les chiffres de la plateforme.

On apprend ainsi qu’en 2021, louer sa maison ou son appartement via Airbnb a rapporté en moyenne 3 800 € sur l’année. Cela sera encore plus en 2022 du fait de la reprise du tourisme. Au printemps, le revenu moyen grâce aux locations sur la plateforme était en hausse de 35 % par rapport à la même période en 2021.

 

Les locations de voitures entre particuliers font le plein et réinventent l’expérience client

Autre illustration du boom de l’économie collaborative : la croissance exponentielle de la location de véhicules entre particuliers, rendue possible grâce à des plateformes comme OuiCar ou Getaround. « OuiCar a terminé l’été 2022 avec +100 % de locations par rapport à l’été 2021 et +300 % par rapport à l’été 2019, année pré-Covid », explique à La Voix du Nord son PDG, Benoît Sineau.

Tout contribue au succès de cette activité entre particuliers, à commencer par la hausse des tarifs des loueurs traditionnels. En moyenne en 2022 cette année par rapport à 2019 selon le comparateur Carigami. Cette hausse est liée au manque de véhicules disponibles à la location. Lors de la crise du Covid, les loueurs se sont séparés d’une grande partie de leurs voitures et ont aujourd’hui des difficultés à rebâtir leur flotte du fait des pénuries.

Les clients se tournent donc naturellement vers la location auprès d’autres particuliers, à la fois moins chère et très simple grâce aux applications spécialisées. « En France, on est sensibilisé depuis longtemps à la consommation de partage, ajoute Benoît Sineau. Airbnb a cartonné dès qu’il est arrivé, de même que le vélo ou les trottinettes en libre-service. On est le pays de BlaBlaCar. Ceux qui viennent chez nous sont ceux qui ont utilisé ces services ces dix dernières années. Ils ont cette culture. »

Certains particuliers ont décidé d’en faire un business, achetant des voitures dans le seul but de les louer, à l’instar de ce qui se pratique sur Airbnb. « Des propriétaires arrivent à dégager un bon complément de revenus, à tel point que certains ont abandonné leur emploi pour en faire leur activité principale », observe le journal Les Échos.

À terme, les loueurs professionnels devraient réussir à reconstituer leur flotte, et l’écart de prix avec les locations de particuliers est amené à se resserrer. Mais la différence ne se joue pas uniquement sur les tarifs. Des applis comme OuiCar ou Getaround apportent aux clients une grande fluidité d’usage. Elles permettent de trouver une voiture à proximité, sans avoir à se rendre dans une agence. Les formalités de location sont aussi simplifiées, tout en veillant à proposer plusieurs niveaux d’assurances. OuiCar et Getaround incitent par ailleurs les propriétaires à installer des boîtiers connectés sur leur véhicule, permettant de déverrouiller les portes grâce à un smartphone. La location et la restitution du véhicule deviennent alors possibles à toute heure du jour et de la nuit. Des innovations dans les process et l’expérience utilisateur que les loueurs professionnels devront intégrer pour faire revenir leurs clients.

 

À Londres, une application utilise les recettes du luxe pour partager les plats de cuisiniers qui se lancent

Les applications jouent un rôle déterminant dans la démocratisation de l’économie collaborative. Et de nouvelles idées germent en permanence. Au Royaume-Uni, Simon Beckerman a fait fortune avec Depop, une application C2C (Consumer to Consumer) de vente de vêtements entre particuliers, très populaire chez les jeunes britanniques, rachetée par Etsy en 2021 pour plus de 1,6 milliard de dollars.

Son nouveau projet s’appelle Delli et vise à réinventer la livraison de repas à domicile en s’appuyant sur des particuliers qui veulent se lancer dans la restauration. D’après Simon Beckerman, les confinements ont engendré une armée de chefs autodidactes à travers Londres, et il veut leur donner les moyens de se développer grâce à son application. « Delli s’adresse aux personnes qui sont au début de leur aventure culinaire. Cela peut être quelqu’un qui commence à cuisiner des plats originaux chez lui, jusqu’à des chefs qui ont déjà franchi le pas et commencent à se faire connaître », explique Simon Beckerman à l’Evening Standard.

Par rapport à d’autres plateformes de vente de repas entre particuliers, Delli veut faire la différence en s’inspirant des recettes du luxe. L’application se concentre sur des menus créatifs, et utilise le modèle du « drop » : les plats sont vendus en quantité limitée à un instant donné. Ce marketing de la rareté permet d’attirer l’attention des consommateurs. Cette méthode aide aussi les petits producteurs à mieux gérer leur stock et à éviter le gaspillage alimentaire. 200 cuisiniers se sont déjà inscrits sur la plateforme.

L’idée attire également les investisseurs : Delli a levé 7,2 millions de dollars en 2022. Simon Beckerman ne cache pas sa volonté de déployer cette nouvelle appli dans d’autres villes d’Europe.

 

Les magasins IDKids installent des espaces de dépôt-vente cogérés avec les clients

En France, les marques ont bien compris que l’économie collaborative constituait une lame de fond qu’il fallait accompagner, au risque de voir leurs clients s’échapper vers les plateformes C2C, Vinted, Leboncoin et consorts. Petit Bateau a ainsi lancé un site de petites annonces « Changer demain » pour acheter et vendre les vêtements d’occasion. La Redoute fait de même avec sa plateforme La Reboucle. L’enseigne a tout prévu pour faciliter les échanges entre particuliers : quand les clients mettent en vente un produit acheté à La Redoute, l’annonce est déjà préremplie grâce à leur historique d’achats.

Nouvelle étape avec le groupe IDKids, qui possède notamment les marques Okaïdi et Obaïbi pour les vêtements d’enfants, et Oxybul pour les livres et jouets. Son initiative sort du digital pour proposer dans ses magasins des corners IDTroc fonctionnant sur le principe du dépôt-vente. Ils sont directement alimentés par les clients qui apportent les objets qu’ils veulent vendre (vêtements, livres, jouets) et qui gèrent la logistique grâce à une appli dédiée. Elle leur propose un prix de revente, leur fournit une étiquette avec code-barres qu’ils doivent imprimer et apposer sur les produits, leur indique le magasin le plus proche ayant un corner IDTroc, les informe quand un article est vendu et crédite sans frais ni commission le montant sur une carte cadeau.

« Par ce service, nous voulons fidéliser le client, explique à Républik Retail Ludovic Leurent, responsable de la seconde vie des produits pour le groupe IDKids. En achetant nos marques, qui ont été conçues pour durer, il sera certain de pouvoir les rapporter facilement pour les revendre quand son enfant aura grandi. La carte cadeau générée pourra même lui permettre de changer sa garde-robe. » Plus de 40 magasins du groupe ont déjà installé un corner IDTroc.

 

Une marque ajoute à ses étiquettes un QR code pour faciliter la revente de ses vêtements par les clients

Faciliter la revente des produits… Cela devient un argument de vente. La marque de mode danoise Samsøe Samsøe a eu une idée originale pour faciliter la revente de ses vêtements par les acheteurs. Elle a créé ce qu’elle appelle le « Resell Tag » : une étiquette comportant un QR code cousue sur ses articles. Quand le client veut revendre son vêtement, il scanne l’étiquette avec son téléphone et une annonce est automatiquement générée sur la marketplace de Facebook. Photos, descriptif, taille, date de fabrication… Une idée futée, qui permet aussi de faire passer l’idée que les vêtements de Samsøe Samsøe sont faits pour durer. C’est dans l’air du temps : les clients commencent à prendre en compte la valeur de revente (ou de location selon les produits) dans leurs critères d’achat.

 

Vous ne devinerez jamais le business model de la startup française Mökki !

Derrière ce nom intrigant (Mökki désigne en finnois une cabane située en pleine nature), cette startup veut aider les consommateurs à faire le tri dans leurs placards et leur simplifier le recours à l’économie collaborative. Elle collecte dans ses boutiques les vêtements et bientôt les objets high-tech pour leur donner une seconde vie. Mökki possède pour l’instant trois espaces physiques, un à Paris et deux à La Défense, et a déjà prévu six autres ouvertures. Les clients y viennent avec les vêtements dont ils ne veulent plus et indiquent s’ils souhaitent les vendre ou les donner. « La plupart nous déposent leur sac et disent ‘Faites au mieux’ », décrit dans Les Échos la fondatrice Tamara Brisk. Les équipes de Mökki font le tri et envoient les articles qui peuvent être revendus vers l’un des sites partenaires (Vestiaire Collective, Patatam, etc.). L’intégralité de la vente va au client, qui peut suivre toutes les étapes depuis le site de la startup. Ce qui ne peut pas être vendu est donné ou recyclé par des associations comme Emmaüs.

Le concept fonctionne : entre son ouverture en juin 2022 et la fin du mois de septembre , la boutique Mökki du 4e arrondissement parisien a vu défiler plus de 10 000 vêtements et 49 clients par jour, qui déposent en moyenne 35 articles chacun, détaillent Les Échos.

Puisque tout est gratuit pour les clients, comment la startup gagne-t-elle sa vie ? C’est ici que se révèle son business model. « C’est difficile à croire mais on est payé pour être là ! », s’amuse Tamara Brisk. Des promoteurs immobiliers rémunèrent en effet la startup pour proposer ses boutiques dans les bâtiments qu’ils gèrent. Les deux magasins Mökki à La Défense, situés Tour Alto et Tour Initiale, sont ainsi réservés aux salariés de ces tours. Un service offert par les gestionnaires qui voient là le moyen de concrétiser leur engagement RSE et séduire les salariés qui y travaillent.

 

La Poste propose le retrait de colis Chronopost… chez les voisins !

L’économie collaborative est source de nouveaux services et de nouvelles collaborations avec les entreprises. Pickup, la société de points relais et de consignes filiale de La Poste, vient de s’associer avec la plateforme de livraison collaborative Welco. L’idée : proposer de déposer les colis Chronopost chez des particuliers où les clients pourront venir les récupérer. Cette solution s’adresse notamment aux zones périurbaines et rurales qui disposent de peu de commerces pouvant faire office de relais.

Welco indique disposer d’un réseau de 50 000 particuliers prêts à recevoir les colis dans 500 villes françaises. « Il s’agit d’étudiants, de retraités, de parents à domicile, de télétravailleurs, de freelances ou de chômeurs », détaille La Revue du Digital. Ils sont rémunérés pour réceptionner les commandes, cette activité pouvant procurer un complément de revenus allant jusqu’à 250 € par mois.

Ce mode de livraison a été expérimenté durant six mois, avant d’envisager un déploiement à grande échelle d’ici la fin de l’année dans près de 20 villes telles que Villeurbanne, Saumur, Le Mans, etc. En pratique, quand un client choisit la livraison avec Chronopost en relais Pickup, il peut sélectionner la livraison chez un « relais particulier ». Il aura juste à contacter cette personne pour définir l’horaire du retrait de son colis, et avoir des indications comme le digicode, l’étage, etc.

La livraison collaborative ne permet pas uniquement de densifier le nombre de point relais. Elle apporte aussi des plages horaires plus étendues que dans les commerces pour récupérer son colis. Welco souligne également que ce nouveau modèle de livraison est apprécié car il favorise le lien social, en donnant aux utilisateurs l’occasion de rencontrer, au sein de leur quartier, de nouvelles personnes. Quand particuliers et entreprises collaborent pour apporter de nouveaux services, tout le monde est gagnant.