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Mise à jour le 10 août 2021
Comment accompagner une personne âgée qui perd son mari, sa femme, quand on vient de perdre son père/sa mère ? Quelles sont les étapes du deuil ? Combien de temps dure-t-il ? Quand s’inquiéter pour son parent âgé ? Christophe Fauré, psychiatre, auteur et spécialiste du deuil, donne des conseils aux aidants.
Christophe Fauré, psychiatre, psychothérapeute et auteur de Vivre le deuil au jour le jour :
Nous avons souvent une vision complètement déformée de ce qu’est le deuil, sans savoir ce que cela signifie exactement. La perte d’un être cher provoque en nous une blessure profonde que l’intelligence de notre esprit va œuvrer à cicatriser. Le processus de deuil peut prendre des années et il est inconscient. Nous n’en avons pas le contrôle, de la même manière qu’on ne maîtrise pas le processus de cicatrisation d’une plaie physique. Chaque personne aura une façon unique de vivre son deuil. Même s’il est universel, le deuil est aussi l’expression d’un sentiment de solitude extrême car rien ni personne ne peut comprendre ce que l’on ressent. La douleur ne se partage pas, même au sein d’une famille.
Chez la personne âgée, le deuil entraîne parfois un vide immense. Une personne âgée de 70 ou 80 ans qui perd son conjoint sera souvent en référence au passé, et n’a pas les moyens psychiques de se projeter vers l’avenir. Il faut simplement se montrer patient et compréhensif. Faire attention aussi à la santé de son proche âgé. Le premier vécu du deuil est la fatigue physique et morale car tout en nous est en mouvement lors du processus de deuil. Les personnes ayant perdu un proche sont épuisées et ont tendance à moins prendre soin d’elles. Il faut être vigilant à la qualité de l’activité physique, de l’alimentation, du sommeil. Quand il y a des pathologies préexistantes, notamment cardio-vasculaires, elles peuvent s’aggraver dans les premiers temps du deuil. Parce que le suivi est interrompu, que la personne en deuil ne prend plus son traitement. Il faut donc maintenir le lien avec le médecin traitant, proposer à son parent âgé d’aller marcher, etc.
Chaque personne endeuillée traverse généralement 4 étapes du deuil :
Certaines personnes s’attendent à moins souffrir au bout de 6 mois à un an alors qu’ils ont passé parfois plus de 30 ans avec la personne aimée ! Notre société est parfois dure, avec l’idée qu’il faut vite sortir de la tristesse alors que le temps du deuil peut durer des années. Selon moi, le deuil pathologique n’existe pas. Ce n’est pas parce que l’on ressent moralement et physiquement la perte d’un proche que cela est anormal ou qu’il faut courir chez un psy. La vraie dépression est rare chez les endeuillés. C’est normal de toucher le fond, de pleurer beaucoup et de ne plus savoir comment faire. Connaître ces étapes permet de mieux prendre soin de soi ou de mieux accompagner un proche en deuil. Dire à sa mère : « Allez, ça fait un an que papa est parti, ça devrait aller mieux maintenant », tout comme l’expression « Faire son deuil » n’a pas de sens. C’est même d’une extrême violence pour celle qui a perdu la personne avec laquelle elle a passé une partie de sa vie et avec laquelle elle s’est construite. D’où l’importance de connaître ce processus normal de deuil, naturel et long, pour éviter les maladresses.
Parler du défunt est important. Un monsieur de 70 ans avait perdu sa femme un an auparavant et avait demandé à ses enfants de venir chez lui pour se réunir. Toute la journée, personne n’a prononcé le nom de cette femme décédée et ce non-dit a été épouvantable pour lui. Son besoin était simplement de porter un toast en hommage à sa femme et à leur maman. Accompagner une personne en deuil n’est pas simple, mais je conseille aux proches d’oser parler des personnes décédées, d’évoquer les souvenirs heureux. Se taire de peur de créer un malaise ou de la souffrance est souvent bien plus douloureux pour celui qui reste. Cet homme de 70 ans pense à sa femme tous les jours ! En parler peut amener des émotions chez la personne en deuil, les larmes peuvent couler, mais ce n’est pas grave. Pleurer est aussi utile et nécessaire. Il faut donc parler et se montrer présent, à l’écoute, tout simplement. Évoquer l’importance de ceux qui restent peut être utile, mais à manier avec prudence. Combien de fois ai-je entendu dans l’intimité du cabinet : « Je m’occupe de mes petits-enfants, mais vous savez je m’en fiche, quand ils partent, je me retrouve seule ». Il ne faut pas hésiter à dire : « Je sais que c’est dur, ne pense pas que j’attends de toi que tu sois comblée en étant grand-mère alors que tu as perdu papa », cela peut être réconfortant.
Très souvent, le parent en deuil va se replier sur sa propre souffrance et ne pas tenir compte de celle de ses enfants. Une dame âgée disait par exemple : « Ok, vous avez perdu votre papa, mais moi, j’ai perdu mon mari ». Sous-entendu, c’est bien pire. Beaucoup d’enfants ne se sentent pas pris en compte dans leur propre souffrance, ils se retrouvent à accompagner leur parent, mais personne ne les aide. Pour eux, le soutien ne sera pas à chercher auprès de leur parent en deuil, mais de leurs conjoints, de leurs amis.
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