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Interview de Loïg Lemeilleur, directeur général du groupe Colocatère. La colocation séduit les jeunes actifs  aussi bien que les seniors. Serait-ce la volonté de ne plus vivre seul ou bien l’envie de partager des expériences ensemble ?

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La colocation séduit les jeunes actifs mais aussi les seniors, qui y voient plusieurs avantages. Serait-ce la volonté de ne plus vivre seul ou bien l’envie de partager des expériences ensemble qui expliquent ce nouvel engouement ?

Vivre à plusieurs est aujourd’hui tendance, comme un acte de résistance à la distanciation sociale que la pandémie nous a imposée mais aussi comme une réponse aux enjeux sociétaux de lutter à la fois contre l’isolement des personnes âgées et la précarité des jeunes.

La colocation devient donc protéiforme : entre personnes du même âge, pour faciliter les affinités et rythmes de vie, mais aussi en cohabitation intergénérationnelle, pour un bénéfice gagnant-gagnant : une présence pour la personne âgée et l'accès à une chambre pour l’étudiant(e). Un dispositif qui séduit notamment à Orléans où 21 logements sont proposés à cet effet dans la métropole. De façon moins répandue, certains se lancent dans l’achat à plusieurs d’une maison, animés par l’attrait d’un mode de vie en collectif.

Pour décrypter cette attirance pour la colocation, nous avons rencontré Loïg Lemeilleur, expert de l’immobilier qui a co-créé avec deux associés le groupe Colocatère, spécialisé dans la colocation haut de gamme en 2011.

L’image de la colocation comme un « regroupement de jeunes ami(e)s » est-il encore de rigueur ?

Loïg Lemeilleur : Les colocations de jeunes existent encore mais le coliving se démocratise sous d’autres formes et notamment celle de la cohabitation de personnes qui ne se connaissent pas. La colocation séduit aujourd’hui à la fois des jeunes actifs mais aussi des seniors, chacun y voyant des commodités d’installation et un moyen de lutter contre l’isolement. C’est d’ailleurs devenu le premier critère de choix pour ce mode de vie, devant les raisons économiques. La colocation concerne néanmoins majoritairement des célibataires et correspond souvent à un moment de vie particulier : arrivée dans une ville, nouveau job, séparation, veuvage… Nos colocataires, par exemple, ont entre 18 et 50 ans, avec 50 % d’actifs et 50 % d’étudiants.

Quelles sont les bonnes conditions pour faciliter la cohabitation ?

L.L : Le fait de rassembler des personnes qui nativement ne se connaissent pas favorise le respect des règles de vie commune : règlement intérieur, hygiène et entretien des espaces partagés. Toutefois l’agencement et la décoration du lieu participent à ce que les locataires se sentent bien et aient envie de prendre soin de leur lieu de vie : grands espaces communs (salon, cuisine), meubles et décoration modernes et agréables, bonne isolation thermique et même, si c’est possible, proposition d’espaces ludiques de jeux et de sport comme cela peut exister dans des espaces de coworking. Au sein du groupe Colocatère, nous tenons ainsi à proposer à chaque fois des décorations et ambiances différentes.

Colocatère propose de la colocation haut de gamme : quelles sont les spécificités ?

L.L : Nous nous adressons aux futurs propriétaires avec un projet d’habitat en colocation. La colocation devient ainsi un produit d’investissement auprès des banques. Une fois le projet validé, nous rénovons le bien pour proposer des appartements ou des maisons avec des chambres qui ont chacune leur salle de bains privative et si possible leurs toilettes (en maison). Il faut s’adapter aux biens disponibles selon les villes. Nous sommes présents aujourd’hui dans 26 villes en France - contre 6 en 2015 - preuve de l’attractivité croissante de ce mode de vie.

La colocation : quel contexte aujourd’hui et quelles perspectives ?

L.L : Depuis 2020 et la pandémie, il y a eu, de façon logique, moins de mouvements : moins d’arrivées de jeunes actifs français et étrangers, moins de départs des colocations… La demande en colocation reste néanmoins soutenue : nous avons créé 254 collocations en 2020 et nous serons à plus de 300 en 2021. La tendance peut être aussi à développer des colocations plus affinitaires : entre seniors, entre familles monoparentales etc. mais ce n’est pas la majorité des projets.

 


Envie de vous lancer dans la colocation ? Assurez-vous, dans un premier temps, que la vie en collectif est faite pour vous. Que vous choisissiez cohabitation avec des amis ou des gens que vous ne connaissez pas, privilégiez des personnes qui ont le même rythme de vie que vous. Pensez enfin au côté administratif, que ce soit en souscrivant une assurance dédiée à la colocation pour protéger le logement ou en vous reposant sur un tiers de confiance pour régler rapidement et en douceur les cas de désaccord.

 

Chiffres clés sur la colocation :

  • 427 € le loyer moyen d’une chambre, charges incluses au niveau national (+1,42 % vs 2019), même s’il existe une forte disparité entre Paris (710 € en moyenne) et la province (385 € le loyer moyen).
    Source : observatoire 2020 de la colocation.
  • 70 % des Français ont une image positive de la colocation, avec comme notions associées : la convivialité, les économies et l’ouverture aux autres. Les principales difficultés évoquées sont le manque d’intimité et le bruit.
    Source : Harris Interactive décembre 2018.
  • À Nantes, des associations se créent pour faciliter l’habitat partagé entre seniors.