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Conflits familiaux autour d’une personne âgée : les comprendre pour mieux les gérer

Mise à jour le 26 juillet 2021
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Je suis aidant d’une personne âgée et ça se passe mal avec mes frères et sœurs, mes enfants. Ils critiquent tout, mais ne m’aident pas ! Comment gérer les conflits familiaux ? Quand faire appel à un médiateur familial ? Nicole Prieur, philosophe, psychothérapeute et auteure d’ouvrages sur les conflits de famille vous donne de précieux conseils pour apaiser les tensions.

À lire dans cet article sur les conflits familiaux autour d’une personne âgée

Quelles sont les principales sources de conflits familiaux autour d’une personne âgée ?

Nicole Prieur, auteure de Petits règlements de compte en famille et de L'hypnose pour simplifier les relations familiales :
« Nous vivons plus longtemps et les conflits familiaux qui se jouaient auparavant au moment de l’héritage se matérialisent de plus en plus autour de la prise en charge de la personne âgée. Qui va prendre soin d’elle, être son aidant principal et gérer le quotidien ? Les frères et sœurs d’un parent âgé sont parfois en désaccord sur le maintien à domicile ou au contraire, sur le placement en établissement de type Ehpad. Des conflits familiaux souvent en lien aussi avec l’argent : qui va payer les coûts de la prise en charge, la maison de retraite de la personne âgée ?

Chacun va avoir sa propre vision des choses selon son vécu avec le proche âgé, sa manière de penser. La personne qui s’occupe de tout, c’est-à-dire l’aidant, peut être critiquée malgré son investissement, sur ce qu’elle fait ou sur ce qu’elle devrait faire. Les aidants sont souvent désignés plus ou moins directement par le reste de la famille alors qu’ils ne l’ont pas toujours souhaité (tu es une femme, c’est plus logique, tu habites plus près...) Cette décision peut engendrer un sentiment d’injustice et être source de conflits au sein de la famille. L’aidant à le sentiment de tout porter, de sacrifier une partie de sa vie personnelle et professionnelle et attend en retour une forme de reconnaissance des autres membres de la famille. Quand elle ne vient pas, c’est très douloureux. En plus des conflits entre membres de la famille, une forme de ressentiment peut aussi s’installer envers la personne aidée. Surtout si cette dernière critique aussi ce que fait l’aidant ou ne reconnaît pas suffisamment son engagement auprès d’elle.

Qu’est-ce que la fragilité d’un membre de la famille modifie dans les relations familiales ?

Avec l’avancée en âge d’un parent, et notamment quand la dépendance s’installe, les figures parentales ou familiales changent. Je ne reconnais plus mon père, ma mère, mon conjoint. Les rôles s’inversent parfois et il peut être difficile de devoir par exemple laver son parent âgé ou donner à manger à son conjoint. Cette inversion des rôles peut être plus ou moins troublante selon son vécu, son histoire avec la personne aidée, etc. La perte d’autonomie d’un proche ravive aussi des conflits passés, toutes les souffrances familiales, un sentiment d’injustice vécu dans l’enfance et que l’on souhaiterait réparer.

L’aidant va par exemple tout prendre en charge avec un sentiment de devoir à accomplir, de place à conserver, celle de bon enfant, de bon frère ou de bonne sœur, de bon conjoint si l’aidant est en couple avec la personne aidée. La nature de nos relations familiales dépend très souvent de la place qu’on occupe au sein de la famille, de celle qu’on aurait aimé avoir ou de celle que l’on cherche à trouver aux yeux de la personne aidée, des frères et sœurs. Dans une fratrie de trois enfants par exemple, on constate souvent que chacun va prendre une place bien définie. Il y a celui ou celle qui gère beaucoup de choses (l’aidant familial), celui qui ne fait rien, mais suggère, voire critique beaucoup et celui qui s’en moque et va dire : « Faites comme vous voulez ».

Que peut faire l’aidant pour se protéger et apaiser les tensions ?

L’aidant ne doit pas s’investir uniquement dans sa relation avec la personne aidée, mais chercher dès que possible des soutiens extérieurs, s’autoriser des temps de répit. Mon frère ne s’occupe pas de ma mère ? Tant pis, je trouverai du soutien ailleurs. Notamment auprès de professionnels de l’aide à domicile, du grand-âge, etc. Je conseille aux aidants de prendre le temps de réfléchir au rôle qu’ils tiennent, à ce qu’ils ont réellement envie de faire ou pas, se donner le droit de ne pas répondre à toutes les demandes sans culpabiliser. Il y a un équilibre à trouver entre les besoins de la personne aidée et les siens, pour se libérer d’une forme de trop grande loyauté qui peut conduire à l’épuisement de l’aidant et au burn-out. Il est important de se dire qu’on ne peut pas répondre aux sollicitations de tout le monde (ses enfants, ses petits-enfants, son mari, ses parents, son patron…). Que l’on n’a de compte à rendre à personne, et encore moins à ceux qui passent leur temps à nous critiquer. Se parler paraît évident, mais les conflits familiaux naissent aussi de beaucoup d’incompréhensions, de non-dits. Quand le dialogue est rompu ou impossible, il ne faut pas hésiter à se tourner vers des psychologues pour se faire aider et pourquoi pas, par des spécialistes de médiation familiale ».