Le Groupe

Quand, en 2015, La Poste a noué un partenariat avec le Centre national de la propriété forestière (CNPF), aucune des deux parties ne se doutait qu’elles lançaient un laboratoire d’idées destiné à faire école. Pour La Poste, cette alliance était le prolongement, en France, des opérations de compensation carbone déjà menées dans le monde. Le CNPF rencontrait, lui, un partenaire engagé, La Poste, neutre en carbone depuis 2012 et premier acteur de la compensation carbone volontaire en Europe.

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Dans les mois qui ont suivi, plusieurs projets pilotes ont vu le jour. Précurseurs du Label Bas-Carbone inauguré en novembre 2018, ils étaient et restent des lieux d’innovation. L’un des plus emblématiques se situe en Haute Vienne. Pour Olivier Gleizes, ingénieur forestier et coordinateur national des projets carbone au CNPF, il y a un objectif au-delà de la compensation des émissions de CO2 non-réductibles : faire des « petits frères ». Ici, les copieurs sont les bienvenus. Explications.

Le CNPF développe plusieurs projets de compensation carbone innovants en partenariat avec La Poste. Quelles sont les forêts et les projets habilités ?

La France a pour particularité d’avoir une superficie forestière en augmentation. 74% de nos forêts appartiennent à 3,5 millions de propriétaires privés, le reste relève des forêts domaniales ou appartient aux communes et collectivités. En tant qu’établissement public en charge du développement et de la gestion durable des forêts privées, nous accompagnons tous ceux qui le souhaitent, et ils sont nombreux, en agréant les documents de gestion durable sur des périodes de 10, 15 ou 20 ans. Les projets financés par La Poste depuis 2015 ont fait figure de tests et ont même été labellisés Bas Carbone de manière rétroactive !

Un projet ambitieux a été mis en place, en 2015, sur 18 hectares situés en Haute Vienne. Cinq ans plus tard, quel bilan en tirez-vous ?

Ce projet, dans le Périgord-Limousin, est une conversion de taillis en futaie, l’une des méthodes forestières agréées pour le label Bas-Carbone, avec le boisement de terres agricoles en friche et le reboisement de forêts dégradées. Un taillis est constitué de plusieurs tiges partant d’une souche commune. Il doit être éclairci pour que les arbres grossissent en diamètre au lieu de grandir seulement en hauteur. La sylviculture « classique » consiste à couper à ras le taillis tous les vingt ans et à récupérer des piquets pour construire des clôtures ou des tuteurs destinés aux ceps de vigne. Nous avons réintroduit une technique, le balivage, qui exige un bûcheronnage manuel, un peu plus complexe que le bûcheronnage mécanique. Il consiste à sélectionner, sur chaque souche, une à deux tiges, les plus belles, les mieux conformées qui, récoltées à 45 ans, donneront un matériau durable et noble : le bois d’œuvre (utilisé pour la menuiserie, les parquets, les lambris, les charpentes…).

Quels sont les avantages de cette technique ?

Le balivage de taillis (fertiles) de châtaignier permet de capter du carbone sur la durée : 514 tonnes de CO2 sur 30 ans. Un projet de boisement a également été réalisé et permet de capter 887 tonnes de CO2 sur 30 ans. Par ailleurs, en Haute-Vienne, la filière bois est dynamique et elle sera amenée à évoluer et se développer quand il y aura encore plus de bois d’œuvre. L’incidence sur l’emploi local est donc évidente.

Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme « Climat + Territoires » de La Poste qui contribue, avec cette initiative (parmi beaucoup d’autres) à la lutte contre le changement climatique. Il est aujourd’hui une vitrine pour le CNPF qui invite des propriétaires forestiers à le visiter, dans l’objectif de les convertir à leur tour au balivage, c’est-à-dire à une gestion saine de nos forêts.

Une fois de plus, La Poste a été précurseur et a montré l’exemple en matière de durabilité. Un exemple nécessaire à l’heure où, rappelons-le, la France aspire, pour 2050, à la neutralité carbone.