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Violences conjugales : comment aider les personnes âgées ?

Mise à jour le 28 juin 2022
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Les violences conjugales ne s’arrêtent pas avec l’âge. Elles peuvent même apparaître chez les seniors, notamment en cas de troubles cognitifs chez la personne âgée ou de situation d’épuisement chez le conjoint aidant. Dans quelles situations les violences conjugales se produisent chez les personnes âgées ? Comment réagir et les éviter ? On fait le point avec Aline Corvol, médecin gériatre, responsable du Centre mémoire de ressources et de recherche de Rennes.

À lire dans cet article sur les violences conjugales dans le couple âgé

Personnes âgées et violences conjugales : une situation encore taboue

Grands oubliés des statistiques sur les violences conjugales et les violences intra-familiales, les personnes âgées n’en sont pas moins victimes. Si les cas de maltraitance dans les EHPAD sont les plus médiatisés, les violences à domicile et la violence au sein du couple âgé existent pourtant bel et bien. 75% des appels reçus par la plateforme nationale de soutien téléphonique 39 77 (association qui prévient les situations de maltraitance envers les seniors ou personnes en situation de handicap, notamment au sein du couple conjugal), proviendraient même de personnes vivant à domicile.

Déjà présentes, parfois, bien avant le vieillissement du couple, les violences conjugales, et notamment les violences faites aux femmes, peuvent aussi apparaître en cas de perte d’autonomie chez la personne âgée. Parmi les personnes âgées, se sont principalement les femmes qui sont victimes de violences de la part de leur conjoint. Même si les rapports de force dans le couple peuvent aussi changer et les rôles se redistribuer. Il peut s’agir de violences psychologiques (violence verbale, menace, infantilisation…), de violences physiques (agression, contention, coup, étranglement…), de violence sexuelle, économique ou de négligence comme de la nourriture insuffisante ou une absence de réponse aux besoins de son conjoint. Ces violences conjugales doivent absolument être prises en compte par l’enfant aidant qui les découvre.

Les situations de violences conjugales déjà ancrées dans le couple

Dans certains couples, les violences conjugales subies sont anciennes mais ne vont se révéler que tardivement aux enfants. « Avec le vieillissement, les enfants s’impliquent plus dans la vie de leurs parents. Ce nouveau rôle d’aidant les amène parfois à découvrir des situations de violence conjugale déjà présentes depuis longtemps », explique le Dr Aline Corvol, médecin gériatre, responsable du Centre mémoire de ressources et de recherche de Rennes. Les enfants peuvent alors penser que la situation est insurmontable, tant elle s’est installée dans le temps. Il faut savoir que, quel que soit l’âge, protéger de la violence l’un de ses parents est essentiel, et une séparation doit pouvoir être envisagée. Cela peut se faire via un départ en maison de retraite, vers une résidence autonomie ou un foyer-logement. Ce n’est pas à l’enfant de prendre la décision d’une séparation conjugale, mais il peut aider son parent à partir pour ne plus subir ces violences, ou en tout cas, ne surtout pas s’y opposer ».

Violences conjugales et troubles cognitifs chez la personne âgée

Autre situation propice à la violence conjugale chez les personnes âgées, l’apparition de troubles cognitifs. « Chez la personne âgée qui souffre de troubles cognitifs, il peut y avoir une désinhibition, un comportement plus impulsif pouvant engendrer de la violence physique car la personne a plus de mal à contrôler ses émotions. À l’inverse, l’aidant peut aussi devenir violent ou maltraitant par épuisement psychologique car c’est difficile d’entendre par exemple son conjoint poser cinquante fois la même question ou se réveiller dix fois par nuit. Il faut alors aider le conjoint épuisé à prendre de la distance et à comprendre les troubles cognitifs pour éviter toutes formes de violences », conseille le Dr Aline Corvol. Le médecin traitant et le médecin gériatre restent les premiers interlocuteurs à contacter. Ils pourront vous orienter vers des professionnels susceptibles d’intervenir à domicile. « Dans les consultations Mémoire, des neuropsychologues font le bilan des troubles cognitifs et expliquent aux aidants comment permettre à la personne concernée d’être plus autonome. Dans les équipes spécialisées Alzheimer, des ergothérapeutes peuvent se déplacer chez la personne, via des séances remboursées par la sécurité sociale, pour répéter les messages au quotidien et faciliter leur intégration par l’aidant principal », détaille le Dr Aline Corvol.

Offrir du répit à l’aidant épuisé

« Quand c’est le conjoint aidant qui est violent, cela manifeste le plus souvent un épuisement : la personne ne se sent pas libre et se retrouve coincée dans son rôle d’aidant ». La solution consiste alors à offrir un temps de répit à votre parent aidant. Le droit au répit est inscrit dans la loi, il ne faut pas hésiter à le demander ! Si les violences conjugales ou la maltraitance envers une personne âgée résultent d’un épuisement physique de l’aidant (par exemple si votre parent doit s’occuper de la toilette, du lever, du coucher de son mari ou femme) des solutions sont à rechercher du côté des aides à domicile. Aide à la toilette, aide à la cuisine, aux courses, vous pouvez proposer à votre parent de trouver avec lui quelqu’un qui pourra le soulager au quotidien dans ses tâches. « En cas d’épuisement psychologique de l’aidant, redonner des perspectives est également possible, via des relais comme des hébergements temporaires ou un accueil de jour. Un accompagnement psychologique pour l’aidant peut être également envisagé notamment pour qu’il se sente la liberté de s’emparer de ces relais sans culpabilité », explique le Dr Corvol.

Isolement et violence conjugale

L’isolement constitue un des premiers facteurs de risques de violence domestique et de violences conjugales. Pour prévenir l’apparition de ces situations, il peut être intéressant de proposer à vos parents âgés différentes options pour leur permettre de souffler et parler avec des personnes extérieures. Activité photo, club de bridge, marche à pied, rencontres, groupes de parole, ou encore goûter organisé, des initiatives existent sans doute près de chez vous. N’hésitez pas à vous renseigner sur internet ou à contacter la mairie de la commune où sont domiciliés vos parents pour en savoir plus sur les activités organisées pour les seniors. Leur permettre un meilleur accès à internet doit aussi être favorisé afin qu’ils aient accès à toute l’information disponible sur les violences conjugales et sur les moyens de protéger les victimes.

Personne âgée victime de violences conjugales : oser en parler

Enfin, si vous avez l’impression que votre parent âgé est victime de violences conjugales sans en être certain, n’hésitez pas échanger avec les personnes qui l’entourent, aides à domicile ou professionnels de santé, afin de recueillir leurs ressentis. Vous pouvez également décider d’échanger avec votre parent âgé, lui offrant ainsi la possibilité de se confier à vous sur ces violences subies. L’important est d’être à son écoute sans juger la situation, afin de pouvoir ensuite lui proposer d’en parler à un tiers, son médecin traitant par exemple, qui pourra vous orienter vers des solutions appropriées et des professionnels de prévention et de lutte contre les violences conjugales. Le 39 77, un numéro national d’écoute spécialisé dans les situations de violence et de maltraitance chez les personnes âgées est également accessible du lundi au vendredi de 9h à 19h et les samedi et dimanche de 9h à 13h puis de 14h à 19h. N’hésitez-pas non plus à composer le 17 (police ou gendarmerie) en cas de problème et pour faire un signalement si besoin. La gendarmerie a par exemple mis en place une Brigade de protection des familles, dont le but est notamment d’accompagner les victimes de harcèlement ou de violences et leurs proches.