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Maltraitance envers les aidants : osons en parler !

Mise à jour le 1 mars 2022 photo d'un aidant avec une personne âgée
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On parle de maltraitance des personnes âgées, mais plus rarement de personnes âgées maltraitantes avec leurs aidants. Alain Koskas, psycho-gérontologue, président de la Fédération Internationale des associations de personnes âgées (FIAPA) nous explique ce tabou de la maltraitance envers les aidants et donne des conseils à celles et ceux qui en sont victimes.

À lire dans cet article sur la maltraitance envers les aidants

Qu’est ce que la maltraitance envers les aidants ?

La maltraitance envers les aidants est une une forme de violence, le plus souvent une violence psychologique, dont sont victimes les aidants. Il peut s’agir de maltraitance générée par la personne aidée envers son conjoint ou la personne qui s’occupe d’elle. La maltraitance envers les aidants peut être aussi celle de l’entourage qui critique tout ce que fait l’aidant ou le laisse gérer seul un quotidien lourd à porter. Une maltraitance des institutions quand elles ne proposent aucune reconnaissance ni soutien à l’aidant. Quand les rapports sont compliqués entre la personne âgée et son aidant familial cela découle souvent d’une histoire familiale déjà compliquée, les difficultés n’apparaissent pas obligatoirement avec la vulnérablité.

Comment se manifeste cette maltraitance envers les aidants ?

Il peut s’agir par exemple de demandes incessantes de la personne âgée qui maintient son aidant sous son emprise en tentant de le faire culpabiliser quand il n’obtient pas ce qu’il veut. Il va lui faire des reproches, du chantage en parlant d’abandon dès que l’aidant veut prendre du temps pour lui. Impossible alors de faire une demande de droit au répit, de déléguer quoi que ce soit. Une relation exclusive, toxique, s’installe entre la personne âgée et son aidant. Un huis clos étouffant, sans tiers extérieur, ce qui est très mauvais.

Pourquoi n’en parle t-on pas (ou si peu) ?

On parle beaucoup de maltraitance envers les personnes âgées ou handicapées, les femmes ou les enfants, mais il n’existe aucune définition officielle de la maltraitance subie par les aidants, y compris de la part de l’organisation mondiale de la santé (OMS). On préfère parler de leur engagement, de l’épuisement des aidants, mais pas des conséquences possibles de cela et la maltraitance envers les aidants reste taboue. Les aidants sont épuisés, c’est un fait. On sait d’ailleurs que 30 % des aidants décèdent avant la personne dont ils s’occupent. Ne pas leur venir en aide, y compris de la part des institutions, c’est aussi de la maltraitance envers les aidants.

Que disent les aidants concernés ?

Le plus souvant, les aidants sont sidérés par cette maltraitance dont ils sont victimes et ne diront rien. Ils n’ont d’ailleurs pas toujours conscience d’être victimes de maltraitance et vont minimiser la situation. Ils se sentent responsables de tout et vont dire que c’est à eux de faire face, même s’ils sont fatigués et malmenés par leur proche. Ils gèrent le quotidien de manière automatisée, pressés par l’ampleur de la tâche. Des situations compliquées à gérer pour l’aidant, surtout quand il est lui-même isolé. Dans certains cas, la maltraitance se fait dans les deux sens, avec une double emprise de l’aidé sur l’aidant et inversement, chacun étant dur avec l’autre à tour de rôle. L’aidant épuisé et seul à gérer la situation devient parfois lui-même maltraitant.

Quels conseils donner à ces aidants maltraités par leurs proches ?

Je conseillerais de ne pas rester seul.e.s. L’absence de soutien et l’isolement sont des facteurs d’aggravation de la maltraitance envers les aidants. La visite de tiers extérieurs est indispensable à la respiration du couple aidant-aidé. Ils ont besoin l’un comme l’autre de répit, de temps de rupture grâce aux accueils de jour en maison de retraite, à des solutions d’Ehpad à domicile ou de baluchonnage (répit à domicile originaire du Québec et qui arrive en France). Depuis les périodes de confinement dues à l’épidémie de coronavirus, les familles ont aujourd’hui recourt aux échanges à distance et ça marche ! Il y a aussi toutes les associations d’aide aux aidants, les associations de lutte contre la solitude des personnes âgées comme Monalisa. Il est important aussi que l’aidant puisse avoir un projet de vie, y compris pour se préparer au jour où la personne aidée ne sera plus là. Il peut s’agir de petites choses comme apprendre une seconde langue, faire du yoga, prévoir un voyage, etc. Tout cela participe au bien-être de tous, aidant comme aidé et limite aussi ce risque de maltraitance envers l’aidant.