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Je veux rester chez moi

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De la génération des baby-boomers ou plus âgés, plutôt en bonne forme, ils n’ont nulle envie d’aller en maison de retraite. Parce qu’ils veulent rester chez eux et continuer à vivre comme ils l’entendent, ils sont de plus en plus nombreux à se faire entendre.

« Je m’appelle Guy comme Maupassant qui était l’auteur préféré de ma mère » raconte-t-il en souriant. L’œil aussi bleu que sa chemise à carreaux, 97 ans au compteur (il rectifie, malicieux, « je suis dans ma quatre-vingt-dix-huitième année »), le nonagénaire désigne dans sa bibliothèque la rangée des œuvres complètes de l’écrivain sur papier vélin. Même s’il dit compter sa vie désormais en jours ou en semaines, Guy est sûr d’une chose : il veut rester chez lui jusqu’à son dernier souffle. Sa femme, malade, est depuis peu résidente en Ehpad, et il regrette de n’avoir pu la garder auprès de lui. Deux fois par semaine, Guy va lui rendre visite en taxi, mais reste attaché à son univers familier dont chaque objet lui rappelle un événement important de sa longue existence.

Chaque objet raconte une histoire

Son regard balaie le petit salon où les souvenirs, tapis, miniatures, peintures, rapportés lors de sa vie active d’ingénieur, lui font refaire le tour du monde, l’Iran notamment. Il est encore passionné par les pipelines et, même si un diabète et des articulations défaillantes le font cheminer en déambulateur dans l’appartement, il est un TGV – Très Grand Vieillard – qui fonce, l’esprit vif, l’humour corrosif. « Je ne pensais pas arriver jusque-là. J’aimais les voitures rapides et je croyais que je finirais comme Albert Camus, contre un arbre. » Il aime raconter sa campagne d’Italie, dans l’armée du maréchal Juin, et se félicite d’avoir travaillé jusqu’à 77 ans. Pour tromper l’ennui en l’absence de sa femme, il regarde sur sa tablette des films des années 1940 qu’un voisin vient régulièrement lui télécharger légalement. Il aimerait plus de partage, pouvoir « parler », même s’il n’est pas toujours seul puisque deux aides à domicile se succèdent auprès de lui.

Les « vieux » sont en bonne santé

Les « vieux » sont en bonne santé

Guy est comme 90 % des Français qui souhaitent, pour leurs proches et pour eux-mêmes, demeurer le plus longtemps possible à la maison. Un rapport de la Cour des comptes de 2016 note avec regret qu’en France les gouvernements limitent l’espace dévolu au maintien à domicile, préférant favoriser l’hébergement en institution. Trop souvent, on associe les mots « personnes âgées » et « dépendantes » alors que les chiffres prouvent le contraire. Seulement 8 % des plus de 60 ans le sont, 17 % des plus de 75 ans et 20 % des 85 et plus. Autrement dit la très grande majorité se porte bien et n’a nulle envie de quitter son lit en 140 contre un de 9O en maison de retraite, comme le résumait avec drôlerie l’économiste Marie-Eve Joël lors du dernier congrès de l’association Old’Up, sur le thème « Un nouveau regard sur la longévité ».

Des seniors militants

En voilà des vétérans de l’existence qui n’ont pas l’intention de se laisser faire et se démènent pour faire changer l’image du « vieux », selon  Marie-Françoise Fuchs, la fondatrice de cette dynamique association qu'est Old'up : « Nous vivons  notre grand âge comme une découverte, une possibilité d’accomplissement personnel », affirme-t-elle. La longue liste des activités, tant dans le domaine social que culturel des adhérents d’Old’Up, est la parfaite illustration de la vitalité de ceux que l’on imagine hors course. Alors, oui, rester chez soi, tant qu’on le peut, si on le veut, en demeurant un acteur de la vie citoyenne. Au printemps dernier, une centaine de personnalités connues et anonymes signaient une pétition intitulée « Vieux et chez soi », dénonçant l’indifférence sociale et parfois familiale face aux désirs des personnes âgées, le placement trop systématique en institution, et lançaient un appel à signer ce « manifeste pour une vieillesse libre et assumée jusqu’au bout de la vie ». Une révolution en marche, cinquante ans après Mai 68…

Des seniors militants