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À quoi ressemble une entreprise durable ? Comment transformer un modèle traditionnel et améliorer son impact ? Et surtout : la transition écologique et solidaire est-elle l’ennemie du business ? Éléments de réponse avec Gildas Bonnel, président de l’agence Sidièse et de la commission RSE de l’AACC¹. 

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Qu’y a-t-il derrière la notion de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ?   

La RSE, c’est d’abord la traduction du concept de développement durable à l’échelle de l’entreprise. Cela implique donc de penser son activité sur un temps long, plutôt que de tout miser sur la rentabilité immédiate. Aujourd’hui, on préfère parler de transition écologique : c’est une notion plus large et qui s’adresse aussi aux citoyens et aux consommateurs, tout en étant très liée à la question sociale, car les changements nécessaires pour une entreprise au niveau écologique portent aussi des bénéfices sociaux forts. Par exemple, si vous réfléchissez à réduire votre bilan carbone, vous allez rapidement vous apercevoir que le plus efficace est de réinvestir au maximum votre territoire, de nouer des liens avec le tissu économique local et d’y rechercher des partenariats de long terme, mutuellement bénéfiques.  

La transition écologique doit-elle désormais guider la stratégie des entreprises ?   

Pour beaucoup de gens, les questions environnementales sont un domaine d’expertise à part, loin de leur coeur de business. L’expérience nous prouve le contraire : intégrer la dimension RSE dans votre modèle économique, c’est par exemple mesurer plus efficacement vos dépenses énergétiques, votre turnover... tout un tas de paramètres sociaux et environnementaux sur lesquels vous allez pouvoir agir. C’est un excellent outil de gestion industrielle, commerciale ou même RH avec à la clé des économies, de la préférence de marque et des collaborateurs plus mobilisés.  

Il semble donc n’y avoir que des avantages à faire sa transition...   

Cela demande bien sûr des efforts, mais les effets se voient. En faisant votre transition écologique, vous faites entrer votre entreprise dans un cercle d’amélioration continue. Le point le plus positif est peut-être l’attractivité employeur. Aujourd’hui, si vous voulez faire venir chez vous des talents, toutes les études montrent que l’engagement sociétal de votre entreprise est déterminant. Les jeunes, surtout, veulent que leur travail contribue à l’amélioration du monde. Si c’est le cas chez vous, ils auront aussi tendance à y rester ! De façon générale, donner du sens améliore l’atmosphère de travail : les collaborateurs ont davantage d’énergie, un plus grand sens du collectif, prennent plus d’initiatives... Il y a des entreprises où ça se ressent rien qu’en traversant leurs bureaux !  

La récente loi Pacte n’est-elle pas l’occasion pour les entreprises d’affirmer leur engagement ?   

Cette loi française est une expérience très intéressante. Elle propose aux entreprises d’aller plus loin et de définir un cadre juridique où elles précisent leur mission, au sens social et environnemental, et plus seulement financier. Cela permet aux consommateurs et à l’ensemble des parties prenantes de la regarder non plus uniquement comme un objet économique, au sens restreint, mais bien comme un acteur positif de la société, qui porte un engagement moral, partage une vision collective et se soucie de son prochain. En retour, cela permet aussi de les interpeller lorsqu’elles paraissent dévier de cette mission.  

 «Le point le plus positif est peut-être l’attractivité employeur.»  

Précisément, comment avancer sans risque sur le terrain glissant de la communication responsable ?   

Je crois que le mot-clé, c’est la sincérité. Bien sûr, les entreprises qui progressent sur les questions écologiques doivent le faire savoir, car c’est devenu un très bon levier pour gagner de nouveaux clients. Mais pas à n’importe quel prix. On parle beaucoup aujourd’hui d’éco-blanchiment (ou greenwashing), c’est-à-dire de cas où l’on surjoue le progrès environnemental d’un produit ou d’un service au regard de l’amélioration réelle. Je pense qu’il faut faire confiance à l’intelligence des consommateurs et ne pas se prétendre plus “ vert ” qu’on ne l’est. Nous devons éclairer leurs choix, pas leur faire croire !  

 (1) Association des Agences-Conseils en Communication  

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