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Comment tisser des liens avec les jeunes

23 novembre 2006

L’interview de Geneviève WELCOMME, Rédactrice en chef de Muse

Créé en 2004 par le groupe Bayard et aujourd’hui diffusé à 45 000 exemplaires, le mensuel Muze s’adresse aux jeunes filles de 16 à 25 ans. Son positionnement : faire rimer culture, allure et littérature.

Les jeunes ont la réputation de ne pas lire, et pourtant Muze fait le pari inverse…

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Je crois qu’il est caricatural de dire que les jeunes ne lisent plus. Il suffit de voir le nombre de magazines destinés aux jeunes qui sortent en kiosque ! Muze est né du constat qu’il existait un marché possible auprès des jeunes filles de 16 ans et plus qui ne se retrouvaient pas dans les magazines féminins qui leur sont proposés. La plupart de ces magazines sont basés sur le divertissement, mais ne nourrissent pas. Ils sont sur le paraître, bien plus que sur l’être. Et l’image qu’ils renvoient de la femme, stéréotypée, n’est pas toujours très valorisante.
Ce n’est pas un hasard si Muze est né dans le groupe Bayard. Le magazine s’appuie sur une longue tradition de publications qui donnent le goût des textes de qualité comme « J’aime lire, Je bouquine » et aident les jeunes à grandir. Nous prenons le relais auprès des jeunes femmes. Muze se veut un compagnon pour les aider à trouver leur personnalité, tant intellectuelle, grâce à la culture et à la littérature, qu’extérieure grâce à des conseils de mode.

N’est-il pas difficile de tisser un lien avec des jeunes qui peuvent être en rupture ?

Nous connaissons bien nos lectrices. Elles nous écrivent, nous allons les voir sur des salons, des manifestations, et nous avons aussi beaucoup d’études, qui nous montrent qu’il existe une attente forte des jeunes, et des jeunes femmes en particulier, pour une parole forte. On entend souvent dire qu’il faut être consensuel. Mais au contraire, les jeunes veulent des partis pris, des coups de cœur, des coups de gueule, etc. C’est d’autant plus vrai pour la lecture, où il existe une relation passionnée. En tout cas, nos lectrices nous disent qu’elles ne veulent pas retrouver dans Muze ce que l’on trouve partout ailleurs.
Nous avons établi un lien particulier, une relation de confiance, en proposant des choix authentiques pour lesquels nous avons un vrai enthousiasme. Cela peut être des films difficiles, comme Je m’appelle Elisabeth de Jean-Pierre Améris, sorti en salle mi-novembre. C’est un très joli film, mais pas facile. Nos lectrices viennent chercher ce type de coups de cœur chez nous.
Néanmoins, les jeunes restent une cible très volatile, qui zappe. Nous nous devons d’être bon à chaque numéro ! Chaque mois, il faut réussir à être surprenant et accrocheur sur la une.

Dans vos titres, dans vos articles, vous ne cherchez pas à adopter un langage « jeune » ?

J’attends des journalistes qu’ils aient une plume. Du style et non pas un langage inspiré des SMS. A ceux qui écrivent dans Muze je conseille : « engagez-vous », « prenez position », « soyez honnêtes ». La sincérité est l’une des premières qualités quand on écrit. Les jeunes sont sensibles à la variété d’écriture dans le magazine. Pour grandir, il faut avoir accès à des choses très différentes. A nous de multiplier les propositions, les expériences culturelles. Nous explorons d’ailleurs toute la littérature : de la poésie, des grands classiques comme Pirandello, Flaubert ou Le Clézio à de jeunes auteurs « à la mode », comme Florian Zeller mais aussi les polars, etc. Mais pour Muze, l’exigence est une nécessité, sur le fond comme sur la forme. L’équipe du journal croit que se donner du mal, ça vaut le coup !