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La synthèse de l’étude

8 septembre 2008

En mobilisant les ressources de la psychologie cognitive, l’objectif de ce travail était d’identifier les niveaux divers d’attachement des individus au support papier et de mesurer son efficacité comme moyen de transmettre de l’information. Cette recherche comporte deux volets. Le premier volet étudie notre rapport psychologique au papier, le deuxième examine les raisons cognitives de notre attachement au support papier.

La valeur psychologique du support papier

Le premier volet de cette recherche comprend une étude empirique (par entretiens semi-directifs [3]) de la valeur psychologique du support papier comme media d’information et de communication. Les résultats ont montré que :

- Presque 100% des personnes interrogées considèrent qu’il est important de recevoir du courrier papier, quelle que soit la nature du courrier (même si cette importance est déclarée encore plus grande lorsque le courrier est personnel),
- La plupart des gens (58 %) ne se déclarent pas prêts à abandonner totalement le support papier au profit du support informatique (ni pour le courrier personnel, ni pour le courrier administratif ou commercial), en tous cas à court ou moyen terme,
- L’attachement au papier est très affectif, car le courrier papier est valorisé pour des raisons de confiance, de marque de respect qu’il incarne de la part du correspondant, et de plaisir que le courrier papier procure (surtout le courrier personnel),
- Les gens se disent encore très attachés au support papier pour les livres et les journaux. Ils voient une complémentarité des supports papiers et supports informatiques pour les journaux, mais rejettent totalement la notion de « livre électronique »,
- Plus les gens sont âgés, plus leur attachement au papier est important ; de même les citadins sont moins attachés au papier que les ruraux,
- Néanmoins, beaucoup de gens considèrent comme inéluctable la disparition ou le déclin du courrier papier (quelle que soit sa nature), et beaucoup disent qu’ « il faut s’y préparer ».

Support papier et mécanismes cognitifs

Le deuxième volet de cette recherche comprend une série d’études empiriques, visant à comprendre les mécanismes cognitifs en jeu dans nos sentiments de préférence pour le support papier vs informatique. Pour ce faire, une expérimentation lourde a été menée en laboratoire auprès de plus de 200 individus [4]. Chaque personne avait à lire des textes de deux types (textes publicitaires vs. textes journalistiques) et de différentes longueurs (textes courts vs textes longs). Leur était ensuite posées des questions de compréhension et de mémorisation. Leur temps de lecture et leurs performances mnésiques immédiates (test de rappel immédiatement après le stockage des informations et test de reconnaissance différée) ont été analysés en fonction du type de texte, de la taille des textes, de l’âge des participants, de leurs préférences de support (informatique, papier, sans préférence) et selon que les textes aient été encodés sur papier ou sur ordinateur.

Les résultats ont montré que :
- Les participants mémorisent et retiennent plus facilement les informations quand elles sont présentées sur papier que quand elles sont lues sur ordinateur.
- Le rappel immédiat d’informations est indépendant du support, tandis que le maintien et la récupération en mémoire à long terme sont nettement influencés par le support (globalement, ils sont meilleurs avec le papier).
- Au-delà des effets simples d’âge (les jeunes ont de meilleures performances que les plus âgés) et de la quantité d’informations (les textes courts étaient mieux retenus que les textes longs), le type d’informations (publicitaires vs. journalistiques) est déterminant puisque les textes publicitaires font l’objet d’un stockage, d’un maintien et d’un rappel différé nettement meilleur que les textes journalistiques, quel que soit le support. -Les textes publicitaires sont toujours mieux compris et retenus (à court et à moyen terme) lorsqu’ils sont présentés sur papier que lorsqu’ils sont présentés sur ordinateur, et ce d’autant plus que les participants sont âgés.

Le résultat le plus notable est que l’ensemble de ces phénomènes est modulé selon les préférences des participants : les individus favorables au papier sont plus pénalisés (dans leur temps d’encodage des informations, ainsi que dans le stockage et le maintien des informations en mémoires immédiate et à long terme) lorsque les informations sont présentées sur ordinateur. L’inverse est vrai pour les individus favorables à l’informatique. Les personnes sans préférences particulières ne sont ni favorisés ni défavorisés par l’un ou l’autre des supports.

Il existe donc une catégorie de participants doués, d’un point de vue cognitif, de la flexibilité de jongler aussi efficacement, entre les supports, pour le même type et la même quantité d’informations. Les deux autres catégories présentent des biais cognitifs qui, s’ils sont pris en compte au niveau des supports des informations, leur permettent d’avoir les performances cognitives les plus optimales.

Conclusion

Les entretiens et les expérimentations réalisés indiquent que l’attachement des participants à l’un ou l’autre des supports papier vs. informatique peut s’expliquer par de deux types de facteurs : les relations socio-affectives aux différents supports et, les opérations cognitives impliquées dans le traitement des informations selon le type de support.

A défaut de résultats concluants, cette étude, qui mériterait d’être répétée périodiquement, suggère que l’avenir des médias de papier n’est pas déterminé par des effets de pure et simple substitution. La seule prise en compte des paramètres techniques et économiques pousse à des conclusions tranchées. A tenir compte aussi des comportements et des usages (sans oublier la dimension juridique, car beaucoup d’objets de papier sont opposables à des tiers et n’ont pas encore trouvé leur transposition numérique), on est vite ramené à une prospective plus modeste qui donne toute sa place, contre tout déterminisme, à l’initiative des acteurs.


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