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L’étude menée auprès des CSP+ en 2007 avait fait émerger des décalages très forts entre ce que les personnes disaient (leurs représentations) et ce qu’elles faisaient (leurs pratiques). Ces décalages ne se retrouvent pas chez les CSP- : la vision que cette catégorie a du courrier correspond à ses pratiques.
Les CSP- appréhendent la réception et le traitement du courrier comme une activité quotidienne de gestion qui insiste sur l’importance du courrier administratif et des factures. Là où les CSP+ pouvaient envisager un medium symbolique, représentant une ouverture sociale, un élément hédoniste et ludique, les CSP- envisagent le courrier comme un univers fonctionnel, totalement dépouillé de symboliques enchanteresses. Le courrier est avant tout utilitaire et leur permet de gérer au quotidien le domaine financier et administratif du foyer. A cette appréhension très pragmatique est associée une absence quasi-totale de la notion de plaisir.
Le courrier personnel : pour les CSP-, les lettres sont quasi inexistantes et les cartes tendent de plus en plus à disparaître. Ce type de correspondance s’efface au profit des communications internet ou mobiles. Ces modes de communication s’avèrent particulièrement efficaces pour suppléer à des supports écrits, très faibles en termes de contenu.
Le courrier de gestion : les CSP- le divisent en deux sous-catégories, le courrier administratif et les factures. Ces dernières constituent une catégorie à part entière, au traitement spécifique.
Le courrier publicitaire : il n’existe pas de distinction claire et nette entre publipostage adressé et PNA. Cette dernière apparaît cependant parfois plus légitime que la publicité adressée, davantage perçue comme un objet de tentations.
Le courrier sous pli indiquant un destinataire est systématiquement emmené au domicile, ouvert et soumis à une évaluation visant à déterminer son potentiel d’intérêt. Tous les courriers sont ouverts, en raison d’une norme légale pour le courrier de gestion, d’une norme sociale pour le courrier personnel, d’une opportunité économique potentielle pour le courrier publicitaire. Cette ouverture systématique s’accompagne qui plus est d’une lecture partielle ou totale, non différée dans le temps.
Ce sont les catalogues alimentaires qui dominent le quotidien des enquêtés. Ils font en effet très attention aux dépenses courantes dont les courses alimentaires font partie. Pour beaucoup, il s’agit d’un outil indispensable pour optimiser les dépenses mensuelles. Le reste de la PNA se divise en deux pôles : les catalogues hors alimentation, qui intéressent mais qui ne doivent pas grever le budget, et les flyers des enseignes de proximité, le plus souvent détruits avant l’entrée au domicile.
Du point de vue du rangement, les CSP- sont très à cheval sur le principe selon lequel « on ne laisse pas traîner de courrier ». Tout est donc dissimulé dans des endroits la plupart du temps fermés, sauf exception (offre promotionnelle à utiliser). Du point de vue de la destruction, le courrier est au moins parcouru, voire lu. En fonction de l’intérêt que l’enquêté ou un membre de son foyer va lui porter, de la nécessité de le conserver et de l’avantage qu’il peut procurer, le courrier sera conservé ou jeté. Mais la décision est immédiate après la consultation du courrier. La rapidité et le sérieux octroyés au traitement du courrier par les CSP- assurent une lecture effective. Mais une fois le courrier traité, la relecture devient plus rare. Les enquêtés prennent l’information nécessaire et n’y reviennent qu’en cas exceptionnel.
Pour le courrier de gestion, la rapidité avec laquelle ce courrier est traité limite les échanges entre les membres du foyer, non seulement en termes d’informations, mais aussi de contact physique direct avec le courrier. Les étapes de l’itinéraire se font les unes après les autres, sans pause dans le temps, la plupart du temps le jour de la réception. Chez les CSP-, le couple forme une entité unique qui permet l’ouverture par chacun des courriers de l’autre.
Pour la publicité, adressée ou non, l’échange se fait surtout par le respect d’une règle : « on ne jette pas la publicité tant que tous les membres du foyer n’y ont pas jeté un coup d’œil ».
Pour le courrier personnel, une exposition temporaire est mise en place, pour permettre l’accessibilité si nécessaire. De plus, la réception d’un tel courrier suscite une mise au courant orale.
La contrainte financière oblige les CSP- à faire preuve d’ordre et de rigueur dans le traitement de leur courrier. Celui-ci, même s’il ne traîne pas, est systématiquement lu et traité, et ce quelle que soit sa nature.
Synthèse de l’étude ethnographique réalisée par le cabinet Etéicos
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