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Cet été, les touristes seront moins nombreux à travers le monde. D’où une concurrence accrue entre les destinations. Certains pays tentent même de convaincre leurs ressortissants de ne pas passer les frontières ! Jusqu’à proposer des réductions fiscales pour ceux qui passent leurs vacances au pays… Édition spéciale de notre rubrique Face à la crise !
Pourquoi la France est moins frappée par la crise du tourisme mondial
Les initiatives des pays pour garder leurs touristes
Et les initiatives pour faciliter leur venue

Interview de Christian Mantei, Directeur Général d’Atout France*

Après plusieurs années de très forte croissance, + 6,6 % en 2007 par exemple, le nombre de touristes à travers le monde va diminuer en 2009. La France est naturellement affectée par ce phénomène. Toutefois, elle semble mieux résister que d’autres pays, comme l’Espagne. La France est en effet une destination très diversifiée, à la fois multi-clientèle et multi-marché, pour des séjours balnéaires, à la montagne, à la campagne, avec également une très forte attractivité de Paris et de notre patrimoine historique, etc.
Par ailleurs, nous disposons d’un socle fort de touristes français qui restent en France et qui alimentent le modèle économique, compensant en partie le moins grand nombre de touristes étrangers. Les Français partent moins en vacances hors de leur pays que les Allemands, par exemple.
Elle peut nous permettre de gagner des parts de marché. Car au sein de la zone euro, la France propose un bon rapport qualité-prix. Elle est une destination intéressante pour certains ménages européens, notamment aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, qui renoncent à partir loin. La France est aussi considérée comme une « valeur sure », très sécurisante grâce à nos services publics de qualité. C’est un point important notamment auprès d’une clientèle de seniors, très courtisée par l’industrie du tourisme.
Il faut préciser que ces estimations très alarmistes, et erronées, ne proviennent pas des organismes regroupés au sein d’Atout France ! En tout cas, il est devenu très difficile de donner des prévisions, même à court terme, sur l’état du marché. Car les touristes attendent véritablement le dernier moment pour réserver. Ils spéculent sur une baisse des prix, mais aussi sur la météo, pour décider, à la dernière minute, de leur destination.
D’autres critères, notamment sociologiques, rentrent aussi en ligne de compte. Un exemple : du fait des familles recomposées, certains Français se voient d’une certaine façon « obligés » de partir plusieurs fois, avec leurs enfants, avec ceux de leur conjoint… Pour des durées plus courtes, sans pouvoir toujours le planifier.
Un des premiers objectifs est d’augmenter la valeur par visiteur et par jour. Nous sommes la première destination en nombre de touristes, mais la troisième en chiffre d’affaires, derrière les Etats-Unis et l’Espagne. En période de crise, il va être difficile d’augmenter le budget moyen des touristes, surtout que le tourisme d’affaires et le tourisme très haut de gamme diminuent assez fortement. Mais il faut a minima veiller à maintenir la valeur moyenne de chaque touriste.
Cela passe par une meilleure adaptation de notre offre aux attentes des visiteurs et par des investissements dans les infrastructures. Les touristes expriment, par exemple, une forte demande pour du bien-être et des spas notamment. Or notre offre est insuffisante. De même, l’aménagement de nos espaces naturels, avec entre autres des circuits de randonnée, doit être amélioré, dans une logique de mise en valeur durable des territoires. Cela veut dire des investissements importants pour remettre notre offre au niveau, sur un marché très concurrentiel. C’est un des rôles d’Atout France de mobiliser les différents acteurs publics et privés sur ce défi, afin de conserver à la France son attractivité dans les années à venir.
Effectivement. Le tourisme n’est pas considéré à sa juste place. Il représente pourtant 6,4 % du PIB, autrement dit plus que l’automobile… C’est, en plus, un moteur de l’économie territoriale, proposant des emplois non délocalisables. Sans oublier la dimension d’échange, à laquelle je crois beaucoup : accueillir des touristes, c’est accueillir d’autres cultures et s’ouvrir au monde. Les propriétaires de chambres d’hôtes apprécient ainsi énormément les rencontres que leur activité leur procure.
(*) Atout France est né en mai 2009 du rapprochement entre Maison de la France, agence de promotion de la France à l’étranger, et d’ODIT France, agence d’ingénierie touristique. Atout France, Groupement d’Intérêt Economique, devient ainsi l’opérateur unique de l’Etat dans le secteur du tourisme, avec l’ambition d’une politique publique mieux coordonnée et plus efficace.
C’est une tendance forte à travers le monde : face à la crise du tourisme mondial, de nombreux pays incitent leurs ressortissants à pratiquer un tourisme mondial.

L’office du tourisme anglais « Visit Britain » vient, par exemple, de lancer une campagne de plusieurs millions de livres sterling pour convaincre les Britanniques de passer leurs vacances au Royaume-Uni. L’Irlande a fait de même, investissant plusieurs millions d’euros pour vanter les charmes du pays auprès des habitants. Plus localement, en Pennsylvanie, la ville de Reading a lancé le slogan « Devenez touriste dans votre ville » et propose notamment des tours en mongolfière pour animer les vacances des habitants qui resteront sur place.
L’Australie est allé encore plus loin : le Premier Ministre Kevin Rudd a inauguré une campagne offrant une déduction fiscale de 900 dollars aux Australiens qui passeront leurs vacances dans le pays….
Un terme est même apparu pour désigner un nouveau type de vacances : les « staycations », contraction de stay et de vacations. Une « staycation », ce n’est pas simplement passer ses vacances dans son pays. Cette tendance, qui se développe au Royaume-Uni entre autres, consiste à rester dans son propre logement mais en se comportant comme un touriste qui découvrirait une autre ville ou un autre pays.

Les pays dont l’économie est fortement dépendante du tourisme, et qui ne peuvent pas compter sur une base suffisante de touristes locaux, s’emploient à faciliter l’arrivée des visiteurs étrangers.
L’île Maurice, par exemple, autorise désormais les touristes français à entrer sur son territoire sans passeport. Une carte d’identité valide suffit, avec la preuve que l’on disposera d’assez de ressources sur place (réservation d’un hébergement, billet d’avion de retour…). En simplifiant les démarches administratives, l’île Maurice veut favoriser les réservations de dernière minute, et notamment prendre des parts de marché aux DOM (Réunion, Guadeloupe, Martinique…).
De son côté, Madagascar vient de décider d’offrir les frais de visa. Le document reste obligatoire, mais jusqu’au 31 décembre, les touristes n’ont plus à s’acquitter des frais d’obtention de 50 €.
Autre exemple : le Costa Rica. Ce pays a lancé un programme de coupons baptisé « Costa Rica Plus ». Une centaine de partenaires proposent des réductions et des promotions sur les hôtels, les locations de voiture, les spas… Toutes les offres sont regroupées sur le site www.visitcostarica.com/crplus. Avec ce foisonnement de promotions, le Costa Rica souhaite déclencher des réservations de dernière minute. La campagne a d’ailleurs été très largement annoncée dans les plus grands quotidiens américains (USA Today, New York Times, Los Angeles Times, etc.)
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