Vidéo La Poste XIIe rencontre des présidents des CDPPT Mardi 18 octobre 2011 Troisième table ronde : l’immobilier dans les territoires Participent à la table ronde : Marc-André FEFFER, Directeur général adjoint chargé de la Stratégie, du Développement, des Affaires internationales et juridiques, et de la Régulation, président de Poste Immo Christian CLÉRET, Directeur général de Poste Immo Vanik BERBERIAN, Maire, président de l’AMRF, membre de l’Observatoire, président de la CDPPT de l’Indre Thierry CARCENAC, Député, membre de l’Observatoire, président de la CDPPT du Tarn Michaël WEBER, Maire, président de la CDPPT de Moselle Dominique ROUSSET Marc-André Feffer, veuillez nous présenter le cadre général de l’immobilier de La Poste, nous dire ce qu’elle compte faire de ses équipements et comment elle doit maîtriser des investissements importants. Marc-André FEFFER La création de Poste Immo il y a six ans a été pour nous un progrès. La Poste est propriétaire d’un parc immobilier considérable et souhaitait se doter d’un outil de modernisation de ce parc, qui soit aussi un outil au service des métiers. Poste Immo n’est pas une foncière de marché, elle n’est pas une société destinée à faire des prestations pour l’extérieur, mais pour le compte du Groupe, des prestations à la fois d’exploitation, de gestion d’actifs et d’assistance à maîtrise d’ouvrage. Nos cinq objectifs étaient les suivants : • mieux connaître notre parc, qui s’est constitué au gré de l’histoire et qui n’était pas très bien connu (nombre exact de mètres carrés, baux, état exact des lieux) – créer ou réaménager les lieux nous a permis une bien meilleure connaissance de notre parc ; • moderniser le parc, c'est-à-dire l’entretenir, faire de gros travaux, mener des opérations de maîtrise d’ouvrage – nous sommes en train de terminer sur l’ensemble du territoire un programme considérable, dit Cap Qualité Courrier, parallèlement à un autre grand projet, intitulé Espace Service Client ; • optimiser le parc d’un point de vue économique, car notre parc n’est pas toujours bien utilisé ; il nous a fallu donner une valeur à tous ces immeubles et faire payer les occupants à des prix de marché, de façon à rationaliser l’utilisation des espaces, mais aussi à mieux les entretenir grâce à ces prix de marché ; • valoriser l’immobilier ; c’est ainsi que nous avons mené une réflexion sur l’optimisation de la place de l’immobilier dans notre bilan par rapport à d’autres investissements ; dans certains cas, nous pouvons ainsi céder des locaux et, en contrepartie, investir dans l’acquisition d’un certain nombre d’équipements ou de sociétés ; • enfin, gérer au quotidien le parc immobilier, si possible à la satisfaction de tous. Cette feuille de route est essentiellement au service des clients de La Poste et des élus. Dominique ROUSSET Christian Cléret, revenons avec vous sur l’actualité de l’immobilier, qui est donc devenu un véritable métier. Christian CLÉRET Les grands axes ayant été tracés, je vais me concentrer sur les grands chantiers que nous pilotons aujourd'hui et sur les pistes d’amélioration dans nos relations avec les élus. Nous sommes parfaitement conscients d’avoir connu avec vous des sujets d’insatisfaction. D’ici la fin de l’année, les directeurs régionaux de Poste Immo auront visité à peu près 70 % des CDPPT. Des travaux de concertation ont été entrepris avec l’Observatoire, et nous nous sommes rapprochés de l’AMF. Bref, nous avons pris toute une série d’initiatives qui, au terme de la déconcentration mise en place par Poste Immo au travers de ses douze directions régionales, devraient nous permettre d’ancrer davantage nos actions dans une concertation étroite et efficace avec les élus et en harmonie avec leurs préoccupations. Les grands sujets d’actualité sont en premier lieu le fonds de péréquation, la modernisation du réseau et l’accompagnement des métiers dans leur développement via le programme Cap Qualité Courrier. S’agissant du fonds de péréquation, l’Observatoire nous avait interpellés pour vérifier le bon usage des crédits qui étaient consacrés à ce fonds, pour vérifier que les coûts consentis sur ces opérations étaient normaux au regard des prix du marché, et que les délais de réalisation étaient bien pris en compte. Au terme des audits que nous avons réalisés et que je suis venu présenter à l’Observatoire il y a quelques mois, il ressort d’abord que les taux de réalisation sont très élevés sur le plan de l’exécution budgétaire et que les coûts sont très légèrement inférieurs aux coûts annoncés, de l’ordre de 4 à 5 %. Le taux d’exécution est en amélioration chaque année. Au mois de mars, environ 70 % des opérations étaient déjà connues, si bien que nous pensons que le taux d’exécution sera meilleur en fin d’année que les années précédentes. Une grande question concernait l’intervention des entreprises locales dans l’usage de ce fonds de péréquation. Nous avons pu vérifier que 80 % de nos opérations sont confiées à des entreprises régionales. Pour autant, nous avons pris l’initiative d’ouvrir un nouveau champ d’expérimentation au moyen d’une maîtrise d’ouvrage déléguée qui pourrait être confiée aux collectivités locales – nous en reparlerons tout à l’heure. Afin d’accompagner les métiers dans leur transformation, nous travaillons à l’optimisation des locaux. Nous voulons que soient repris ceux qui n’ont plus d’utilité, principalement des logements et des parties arrière des bureaux de poste. Nous priorisons systématiquement les collectivités dans l’acquisition de ces locaux inutilisés que nous cédons, pour que le destin de ces actifs soit cohérent avec la préoccupation des municipalités sur le devenir des immeubles. Nous souhaitons travailler avec les élus pour voir si leurs opérateurs HLM sont intéressés à la reprise des logements. Par ailleurs, nous annoncerons dans les prochains jours la signature d’un accord de partenariat avec un distributeur pour reprendre des locaux laissés vacants par le service du courrier et qui pourraient retrouver une vocation commerciale. Cet accord de partenariat se développera progressivement sur l’ensemble du territoire. Nous voulons accompagner les élus dans la transformation de la cité. Les centres-villes se déplacent, des villes multipolaires voient le jour : il faut accompagner cette transformation. Nous sommes conscients d’avoir été très souvent en retard dans cette bataille, à cause d’un problème de discipline interne. Le Groupe se doit d’être plus présent dès l’origine des discussions avec les territoires, pour éviter que les additions ne se fassent à la fin et que les déconvenues n’apparaissent. Enfin, le thème du développement durable est un enjeu majeur pour La Poste. La moitié de son parc a plus de cinquante ans. Les textes réglementaires sur ce sujet doivent être adoptés en début d’année prochaine. Le chantier est considérable pour les dix ans qui viennent. Aujourd'hui, tous les bâtiments neufs que nous livrons sont certifiés HQE. Nous développons les énergies renouvelables, nous avons créé une filiale commune avec Urbasolar pour développer le photovoltaïque sur toutes nos toitures équipables, là où la rentabilité demeure après les mesures de révision tarifaire décidées par le gouvernement. Dominique ROUSSET De votre point de vue, Thierry Carcenac, comment doivent se faire les échanges entre les élus et Poste Immo ? La relation doit-elle être plus étendue encore ? Thierry CARCENAC Je crois qu’il y a plusieurs problèmes. Nous sommes habitués dans les CDPPT à travailler sur le maillage et l’offre de services, et ce travail a souvent été déconnecté de l’immobilier. Nous voyons arriver parfois des propositions d’amélioration dans le cadre de la péréquation. Parallèlement à cela, nous apprenons qu’ici ou là un bâtiment est en train d’être vendu, tantôt au privé, tantôt aux mairies. L’immobilier n’est qu’un des moyens du fonctionnement d’une offre de services. Il est étonnant, en effet, de voir des parties inoccupées dans les locaux ; cela pose toujours un problème dans un village ou un bourg. Je crois que la CDPPT doit se saisir de ce type de problème. Dans le Tarn, 97 bâtiments sont occupés, la moitié en location, l’autre en propriété. La question est de savoir quelle est la stratégie locale de Poste Immo. On nous parle de segmentation du patrimoine et de réorientations que vous seriez amenés à faire. Je crois qu’on ne peut pas aborder les choses de cette façon. Il faut avoir une approche globale, pas simplement par rapport à une commune, mais par rapport à un territoire. Dominique ROUSSET L’aménagement pour respecter les contraintes environnementales dans le cadre du développement durable, qui est une tâche énorme, coûteuse, mais indispensable, vous intéresse particulièrement, Michaël Weber. Michaël WEBER Oui. Il y a quelques mois, une convention entre la Fédération des parcs naturels régionaux et le Groupe La Poste a été signée, puis déclinée au niveau local. Une plus-value a été apportée en matière d’immobilier. Le parc immobilier est ancien, localisé souvent dans des centres-bourgs qui ont besoin d’une revitalisation. Les parcs naturels régionaux ont la faculté de montrer comment l’utilisation de matériaux parfois anciens peut répondre aux nouvelles attentes, notamment en termes d’économie d’énergie et de développement durable. Nous avons essayé de conjuguer ces deux priorités dans la convention. Nous proposons que l’équipe des architectes du parc accompagne le Groupe La Poste, d’abord dans les bureaux qui se trouvent dans le parc naturel régional, à la fois pour trouver de nouvelles solutions et pour montrer à vos clients ce qu’il est possible aujourd'hui de faire en termes d’écorénovation et d’écoconstruction. Pour La Poste, la contrainte est inhabituelle : il s’agit de discuter avec un parc qui est situé en Moselle pour un tiers et dans le Bas-Rhin pour deux autres tiers. Étant président de la CDPPT de Moselle, je suis évidemment attentif à ce qui se passe du côté mosellan. Les partenariats sont à renforcer du côté alsacien, et je sais que les deux délégués régionaux sont sensibles à la réussite de cette convention, à sa traduction par des actes et des exemples à montrer ; il y va de notre responsabilité commune et du service rendu aux populations locales. Dominique ROUSSET Existe-t-il d’autres expériences de ce type ? Christian CLÉRET Il faut admettre qu’elles sont peu répandues. Nous ne pouvons qu’appeler de nos vœux le fait qu’elles se multiplient. La création des directions régionales de Poste Immo et donc la déconcentration de la décision sont conformes à la réalité de notre parc immobilier dans les territoires. C’est dans les territoires qu’il faut que les dialogues s’engagent ; ce n’est pas dans les bureaux parisiens de Poste Immo que l’on peut traiter de questions aussi proches et profondes. Dominique ROUSSET Les élus se préoccupent de l’utilisation de la part de l’immobilier dans le fonds de péréquation. Vanik Berberian, vous avez engagé une réflexion là-dessus. Où en êtes-vous ? Vanik BERBERIAN Avant toute chose, je me réjouis du débat de ce matin et de ce qui se dit concernant Poste Immo. Je me souviens qu’il y a quelques années, il suffisait de prononcer ce nom pour qu’aussitôt une rumeur s’échappe. Je suis content de voir que les politiques engagées pour développer les missions de La Poste innervent celles de Poste Immo, et que les élus franchissent à présent cette citadelle. Nos compétences et les vôtres sont totalement imbriquées. Il a été constaté dans certaines CDPPT que les crédits budgétés ne sont pas toujours consommés dans le courant de l’année pour laquelle ils avaient été prévus. La raison en est que les appels d’offres ne sont pas toujours fructueux. D’autre part, il a été constaté que 40 % seulement du coût des travaux reviennent aux entreprises départementales. On peut sans doute faire mieux. Notre souci est la vitalité économique de nos territoires. Les élus, qui connaissent le milieu économique dans ou autour de leur commune, peuvent être porteurs de ces réparations. Une entreprise locale à qui l’on confie un chantier de rénovation d’un bureau de poste ou d’une agence postale communale met un point d’honneur à bien le réussir, ce qui n’est pas toujours le cas lorsque les entreprises viennent de loin. La possibilité de déléguer les travaux, d’en prendre la décision à un niveau décentralisé et de les faire réaliser par des entreprises locales va être testée dans trois régions, le Centre, l’Aquitaine et l’Auvergne ; il reste simplement à travailler l’articulation juridique. Pour terminer mon propos, je voudrais m’adresser au président de la Creuse. Ce qu’il a dit est l’expression de nombreux collègues. Je crois que La Poste est schizophrène, parce que les directeurs départementaux sont écartelés entre les indications données par le Siège et les réalités du terrain où il faut gérer les ouvertures, les transformations de bureaux en poste en APC, etc. Mais cette schizophrénie est également vraie pour nous, c'est-à-dire que nous avons l’obligation de défendre le maintien du service et, en même temps, nous nous trouvons parfois dans l’obligation d’expliquer à nos collègues que le maintien de ce service passe peut-être par des formes nouvelles. En tant que président de l’Association des maires ruraux, je peux vous dire combien nous sommes attachés de façon viscérale à La Poste. Mais si l’on veut que les services publics restent dans les territoires, je crois qu’il faut s’obliger à envisager différemment les choses. La Poste a initié une manière de faire dont d’autres services pourraient largement s’inspirer. Échanges avec la salle Président de la CDPPT de Maine-et-Loire Mon intervention va être un peu à l’encontre de ce qui a été dit à la tribune. Les relations sont très bonnes entre les élus et l’Enseigne, entre les élus et le service du courrier, mais elles sont très mauvaises entre les élus et Poste Immo. Monsieur Bailly, vous devez vous souvenir qu’il y a quelques années votre service de l’immobilier avait décidé de mettre en sécurité mon bureau de poste, à côté de la mairie, tous deux situés dans le même bâtiment datant de 1897. Un après-midi, on est venu découper des portes dans ce bâtiment, sans rien me dire ; j’ai découvert cela le soir. Dernièrement, dans un bureau de poste de mon canton, on a mis une rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite : très bien. Mais cette rampe a été mise de telle manière que, si un fauteuil a peut-être réussi à passer dessus, trois personnes valides sont tombées. Si les travaux ont été faits pour produire des invalides, il est évident que je ne peux pas être d'accord avec vous. Le maire a téléphoné à Poste Immo, qui a répondu que ce n’était pas son problème et qu’elle avait respecté les normes. Président de la CDPPT de l’Isère Président Bailly, je tiens à vous remercier de l’écoute et des efforts que vous avez manifestés sur le sujet de l’immobilier, parce que l’on sait que c’est un sujet de tensions permanentes. J’aurai deux questions. Premièrement, en fin d’année, le budget peut-il être transféré sur l’exercice suivant ? Deuxièmement, pour les commissions départementales qui seront en avance sur le plan et qui auront suffisamment d’argent pour réaliser ce qui doit l’être, que va-t-il se passer pour le fonds de péréquation ? J’anticipe là sur le prochain contrat qui sera signé après 2013. À mon avis, il va falloir anticiper avant cette date la possibilité d’élargir les moyens financiers qui pourraient être affectés à d’autres bureaux. Vanik BERBERIAN Dans mon département, on a inauguré il y a deux ans un bureau de poste. Aujourd'hui, il est fermé parce que des travaux y sont faits de nouveau, je ne sais pour quelle raison de modernisation. Pour le citoyen comme pour l’élu, cela ne donne pas une image très sérieuse de La Poste. Il vaudrait mieux attendre un peu pour mieux coordonner les opérations. Michaël WEBER Du moment qu’on touche à l’immobilier dans les communes, en particulier dans les communes rurales, on touche au patrimoine. Bien souvent, la Poste se trouve dans des bâtiments qui appartiennent au patrimoine communal. Pour éviter les écueils dont viennent de parler nos collègues, il importe d’avoir une perspective qui réponde à la fois aux préoccupations du développement durable et aux attentes de protection du patrimoine. Pour cela, il est essentiel de prendre conseil auprès de l’architecte très en amont, sans quoi les dégâts ne sont pas aisément réparables par la suite. Christian CLÉRET Je déplore vraiment ce qui s’est produit chez vous. Notre souhait de concertation est de nature à éviter ces ratés. Le report du budget sur l’exercice suivant est possible. Les opérations du fonds de péréquation sont de plus en plus importantes, passant d’une moyenne de 50 000 € à une moyenne de 80 000 €. Les opérations très lourdes prennent du temps et vont naturellement s’exécuter sur deux ans et déborder un peu sur 2012. Marc-André FEFFER Monsieur Berberian, je suis d'accord avec vous : il est regrettable de faire des aménagements pour les casser deux ans plus tard ! Mais nous avons évolué, et nous n’avons pas mis au point cette organisation en une seule fois ; elle s’est construite progressivement, par des essais qui ont contribué à trouver ce modèle. Nous avons besoin d’expérimenter avant de trouver la solution. Malheureusement, il se produit encore quelques ratés, qui sont inévitables compte tenu de la taille de l’entreprise. Mais Poste Immo est à l’écoute et attachée à l’amélioration de ses procédures.